REDFLAG en français : une approche toujours « micro » de la grammaire
Depuis pas mal de temps, les programmes et les ressources officielles sont assez limpides.
La grammaire scolaire doit être pensée comme un système structuré, organisé autour de la phrase et des relations entre les groupes de mots.
Pourtant, quand on regarde de nombreux manuels scolaires ou certaines « méthodes » proposées en ligne, on observe encore très souvent une entrée par les mots et leur classe grammaticale : le nom, le verbe, le déterminant, l’adjectif, etc.
Tout cela m’a interrogé sur le décalage constant qu’on observe entre les recommandations institutionnelles et les pratiques réelles.
Nous avons d’un côté ce que j’appelle l’approche « macro » de la grammaire, qui consiste à donner aux élèves une vision d’ensemble de la phrase.
Dans cette perspective, la phrase est l’unité centrale. Elle est composée de constituants (groupes de mots). Cette organisation permet de comprendre que les fonctions grammaticales concernent généralement des groupes de mots et non des mots isolés.
Cette approche n’est pas seulement théorique : elle répond à un vrai objectif didactique. La grammaire sert d’abord à comprendre les relations entre les mots. Par exemple :
- l’accord du verbe dépend du groupe sujet ;
- les accords dans le groupe nominal dépendent des relations entre déterminant, nom et adjectif ;
- les compléments d’objet dépendent du verbe.
- etc.
Comme le souligne le linguiste et didacticien Patrice Gourdet, la grammaire doit permettre aux élèves de comprendre les structures syntaxiques et les chaînes d’accords, afin de donner du sens aux règles orthographiques.
Dans cette perspective, l’enseignement grammatical ne consiste pas seulement à nommer des catégories, mais à comprendre comment les éléments de la phrase s’organisent et interagissent.
Bref. Vous l’aurez compris, tout cela est très rarement mis en application. A l’inverse, on trouve plutôt des approches « micro » : d’abord on travaille le mot isolé puis le groupe qui va avec.
On trouve ainsi des progressions entières où les élèves étudient successivement les différentes classes de mots (nom, déterminant, adjectif…) sans que le concept de groupe nominal ne soit jamais construit.
Or, comme vous le savez, les accords grammaticaux reposent précisément sur des relations entre les mots. Si les élèves n’ont pas construit la notion de groupe, ces relations restent abstraites.
Sans parler du fait qu’on a bien souvent de grosses lacunes didactiques, qui entrainent des confusions assez fréquentes au sein même des manuels entre classes grammaticales et fonctions.
Et on se retrouve avec une grammaire fondée uniquement sur l’identification des natures et fonctions. Un petit peu comme si on faisait mémoriser aux élèves un catalogue de catégories, avec des « trucs et astuces » pour les repérer.
Je vous avoue que je suis allée fouiller dans les manuels du siècle dernier et j’ai constaté que cette vision « micro » de la grammaire ne datait pas d’hier. Ce qui explique peut-être pourquoi il est si difficile de faire évoluer les pratiques ?
Toujours est-il qu’on se trouve face à un immobilisme assez marqué, qui me questionne beaucoup. Surtout quand je vois que les manuels qui paraissent en 2026 ont des sommaires tout à fait similaires à ceux qui sortaient dans les années 90. 🙄
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One Comment
F
J’aime bien ce format 🙂 Merci pour ce regard sur ce qui est demandé et ce qui est réellement fait. Cela nous pousse à encore réfléchir à notre façon d’enseigner.