Idée reçue : La technologie permet toujours d’innover
La révolution EdTech n’a pas eu lieu ?
Contrairement à une idée répandue, le développement des technologies éducatives n’a pas entraîné, en soi, une amélioration des résultats scolaires. Les travaux de l’OCDE sont très clairs sur ce point.
Dans le rapport Connectés pour apprendre ? (2015), l’OCDE montre que les investissements dans le numérique ne sont pas corrélés à de meilleurs résultats en compréhension de l’écrit, en mathématiques ou en sciences. Plus encore, dans les pays où l’usage d’Internet à l’école est moins fréquent dans le cadre scolaire, les performances en lecture ont parfois progressé plus rapidement que dans ceux où il est très répandu.
Autrement dit : équiper davantage ne suffit pas. Et peut même, dans certains cas, détourner l’attention des apprentissages fondamentaux.
La question n’est donc pas faut-il du numérique à l’école ? mais plutôt : pour quoi faire, et dans quelles conditions ?
Les outils technologiques peuvent être utiles à condition d’être au service d’un projet pédagogique clair, explicite, et fondé sur des connaissances scientifiques solides. Ce ne sont ni les tablettes, ni les applications, ni les supports interactifs qui produisent les apprentissages, mais bien les pratiques pédagogiques qui les accompagnent.
Un logiciel, aussi séduisant soit-il, ne remplacera jamais :
- une situation d’apprentissage bien pensée ;
- un guidage explicite de l’enseignant ;
- des gestes professionnels ajustés ;
- une progression cohérente.
Ce que rappelle le CSEN : deux points de vigilance majeurs
Le CSEN invite à une grande prudence face aux promesses technologiques et souligne deux éléments essentiels.
D’abord, l’accompagnement pédagogique. L’efficacité d’un outil numérique dépend fortement d’une réflexion collective sur les pratiques de classe, les situations proposées aux élèves et les gestes professionnels mobilisés. Sans ce travail d’équipe, l’outil reste un gadget.
Ensuite, le coût du passage à l’échelle. Acheter du matériel n’est qu’un début : maintenance, renouvellement, formation, mises à jour… Autant de dépenses souvent sous-estimées, qui peuvent rapidement fragiliser les choix opérés.
Se méfier des solutions « miracles »
En l’absence de preuves solides d’efficacité, il faut être prudent face aux discours marketing promettant des résultats spectaculaires grâce à des stylos connectés, lunettes 3D, casques audio, tableaux numériques ultra-haute définition ou dispositifs « miracles » pour la dyslexie.
Un bon manuel, cent fois moins cher, peut être cent fois plus efficace s’il s’inscrit dans une démarche pédagogique éprouvée.
Les travaux d’André Tricot, notamment pour le Cnesco, rappellent que le numérique n’apporte un bénéfice que lorsqu’il remplit une fonction pédagogique précise, et non lorsqu’il est utilisé comme une fin en soi.
Un cas particulier : les élèves en situation de handicap
Il ne s’agit pas cependant de rejeter le numérique en bloc. Pour les élèves en situation de handicap, certains outils technologiques constituent de véritables moyens de compensation : aides à l’écriture, à la lecture, à la communication, à l’accès aux consignes ou aux supports.
Dans ces situations, la vigilance doit être inversée : il s’agit de ne pas priver les élèves des outils dont ils ont réellement besoin, et de veiller à leur intégration réfléchie dans les pratiques de classe.
Les sources :
- Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nouvelles technologies, OCDE, 2015
- Numérique et apprentissages scolaires : quelles fonctions pédagogiques bénéficient des apports du numérique ?, André Tricot, Cnesco, 2020
- Boîte à idées – Numérique, 2023
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